Moth - Un peu d'histoire

Le 23/10/2000

Comme toutes les classes de voiliers dont la conception et les caractéristiques sont définies et limitées par un ensemble de règles de jauge, le Moth a de tout temps aiguillonné l’inspiration des concepteurs. Aussi, une petite histoire "mondiale" de la série s’impose-t-elle pour mieux comprendre l’intérêt du type, son évolution, mais également la raison pour laquelle les Américains, à l’origine de la classe, en sont revenus à l’esprit des premières restrictions.

C’est en 1929, à Elizabeth City en Caroline du Nord, que le capitaine Van Sant dessine et lance la première unité de la future série ; le petit voilier est long de 11 pieds (3,353m), large de 60 pouces (1,524m) et porte une surface de voilure de 75 pieds carrés (6,9677m2). Bientôt, plusieurs bateaux sensiblement équivalents ayant été construits, les premières restrictions apparaissent à l’intérieur d’une "Classe des onze pieds", baptisée Moth Boat en 1930. Deux ans plus tard, la création d’une National Moth Boat Association (NMBA) permet de fixer les règles de jauge, qui resteront les mêmes jusqu’à la fin des années 1960 (on notera au passage que les Anglo-saxons préfèrent à notre expression "jauge à restrictions" celle de "developpment class", qui exprime beaucoup mieux l’apport positif du système des libertés encadrées). Enfin, en 1935, face à l’intérêt croissant des régatiers étrangers pour la série, celle-ci est rebaptisée International Moth Class Association (IMCA). Dès lors, Américains et Européens rivalisent de talent, tant au niveau des nouvelles conceptions qu’en régates.

En Europe, toutefois, on garde peu de trace des Moth durant la première moitié du siècle. Introduit en France en 1936, il faut attendre l’Occupation pour constater un véritable essor du type. Celui-ci s’effectue principalement au Sport Nautique de l’Ouest (SNO), où de nombreux régatiers croisent leurs sillages à bord d’unités dites "Moth nantais", des bateaux assez plats, dotés d’une marotte très large, d’un cockpit minuscule, le tout pesant le poids respectable de 80 kilos. Bien que la largeur des passavants autorise en principe de coucher le bateau sans que l’eau n’entre dans le cockpit, l’absence de réserves de flottabilité ne pardonne aucun chavirage !

Lorsque, au milieu des années cinquante, le Suisse Fragnière conçoit son propre bateau - à bord duquel il remporte les Championnats d’Europe – l’utilisation du contre-plaqué marine vient bouleverser la formule puisqu’on arrive désormais à construire des coques pesant 45 kilos. Celles-ci perdront encore 10 kilos avec la technique du bois moulé. Dans le même temps, les étraves remplacent les marottes, et la dérive pivotante la dérive sabre. Dès lors, le Moth entre dans l’ère du dériveur moderne : léger, rapide, évolutif et susceptible de planer aux allures portantes.

En 1964, alors que l’on recense pas moins de 300 unités régatant régulièrement en France, l’Aspromoth (association française des propriétaires de Moth), paniquée par une évolution trop rapide des bateaux – pour rester au meilleur niveau, il fallait semble-t-il changer très régulièrement de monture, d’où le danger d’une course à l’armement – décide d’imposer un statut de monotypie. Pour les Américains, à la tête de l’IMCA, l’idée est tout simplement inacceptable. Pourtant, l’Europe voit bientôt le jour, sur un plan de Moth à restrictions du Belge Rolland (ce bateau a aujourd’hui statut de série olympique pour les régatières). De nos jours, l’Europe peut s’engager lors des régates rassemblant des unités à restrictions répondant à la jauge du CMBA, à condition de subir de très légères modifications.

En Australie

Pendant toute cette période, les Australiens ne sont pas en reste. Dès 1928, c’est à dire avant les américains, ils lancent de leur côté une classe à restrictions pour des voiliers longs de onze pieds. D’abord baptisée Interloch, la série prendra bien vite l’appellation Moth Boat suite à un article du magazine The Rudder daté de 1933, et consacré aux Moth américains. En effet, notant les similitudes entre les deux séries, les Australiens s’aperçoivent bien vite que le nom de leur classe sonne moins bien que l’autre… Pourtant, malgré cette appellation commune, les deux types de dériveurs sont assez différents, particulièrement en ce qui concerne le plan de voilure. L’éloignement géographique aidant, ce seront donc deux grandes classes de Moth qui se développeront chacune de leur côté pendant trente ans, sans qu’aucun effort ne soit fait pour harmoniser le couple. Il faut attendre les années 1960, pour voir les mothistes australiens se mettre en campagne pour changer les règles de manière à ce que leurs bateaux – qui représentent à l’époque la moitié des Moth naviguant dans le monde – puissent participer aux régates de l’IMCA.

Finalement, ce n’est qu’en 1971 que la fusion sera réalisée. Dès lors, l’IMCA propose de nouvelles règles de jauge, inspirées du modèle australien : voile plus puissante, bordure libre, gréement entièrement latté, ailes de rappel – si controversées, etc. Bref, la voie est libre pour que les bateaux "extrêmes" australiens, sorte de catamarans à une seule coque où le trampoline se trouve débordé de part et d’autre, apparaissent en Europe et aux Etats-Unis. Et le résultat ne se fait pas attendre : désormais, les nouveaux Moth IMCA sont très rapides – mais aussi très exigeants ! – et une course à l’armement est lancée.

Nombre de régatiers ne tardent pas à se décourager, notamment les jeunes américains, s’orientant vers un nouveau monotype, le Laser, beaucoup plus facile à manœuvrer que les Moth gréés à l’australienne. Ainsi, en quelques années, le Moth, qui pouvait naguère rassembler 70 bateaux aux Etats-Unis lors de régates interclubs, peine à réunir le minimum de quatre bateaux nécessaires pour lancer une procédure de départ ! Les clubs d’outre Atlantique ne tardent pas à abandonner la lutte, alors que quelques unités gréées selon les nouvelles règles de l’IMCA continuent toujours de courir en Europe et Australie.

Cependant, toujours aux Etats-Unis, les Laser et autres Sunfish, finissent eux aussi par lasser nombre d’anciens mothistes qui ne parviennent à s’enthousiasmer pour la morne uniformité de leur monotypie. Aussi, à la fin des années 1980, sur la côte est, plusieurs d’entre eux décident de renouer avec leurs anciens Moth "classiques". Preuve de ce renouveau, une nouvelle association, la Classic Moth Boat Association (CMBA), voit le jour en 1990. Elle se charge de régir les courses et de gérer les constructions du Moth tel que l’ont naguère apprécié Américains et Européens, en prenant comme base la dernière jauge de l’IMCA avant l’intégration du gréement australien, celle de 1965.


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